Je suis introverti.
Selon le Dictionnaire de français Larousse, le terme introverti désigne une personne qui manifeste de l’introversion. L’introversion se caractérise par une attention portée à sa vie intérieure et une tendance à se détourner du monde extérieur. (larousse.fr)
Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) précise qu’un individu introverti est porté à vivre centré sur lui-même, ce qui, avec un repliement sur soi plus ou moins important, l’entraîne à se détourner du monde extérieur. (Cnrtl)
Le monde extérieur. Que représente-t-il pour moi ? Un orage grondant. Un blizzard glacial. Une tempête imprévisible. Un monde impitoyable.
Personnellement, j’ai toujours eu du mal à vivre à l’extérieur. Quand j’étais plus jeune, je ne voulais pas sortir.
Pourtant le monde extérieur, comme beaucoup avant moi, a fini par m’entraîner. Perdu dans ces vagues incessantes, je me suis perdu. Appréhension et peur ont eu fait longtemps mon quotidien.
À l’encontre de ma volonté, je me suis soumis à cette épée de Damoclès permanente, nourrissant son emprise mentale sur quelqu’un qui a enfoui son identité véritable.
La difficulté de l’introversion
Le monde a tendance à mettre en avant ce qui est visible. Pas parce qu’il est visible mais parce qu’en se matérialisant devant nos yeux, il parvient à avoir une existence moins dénuée d’interprétation qu’une entité invisible. Et l’expérience de ne vivre qu’à travers ce prisme entraîne une normalisation de ce concept. Quiconque sortirait de ce cadre ne serait pas visible et par conséquent, pas dans la norme. Car, par cette réflexion, les gens qui se montreraient plus que les autres seraient associés à une forme de positivité. Et une personne absente nourrirait l’imaginaire en nous puis souvent par biais de négativité, viendrait donner une image négative.
Ils sont là, donc ils sont en bonne santé. Ils sont motivés. Ils sont une bonne personne.
Ils sont absents. Il y a quelque chose qui ne va pas. Ils ont des problèmes. Tout est possible, surtout le pire.
Vivre en société, et chercher régulièrement l’expérience en communauté, c’est devenu, aujourd’hui, une normalité et l’incarnation d’une bonne personne.
Combien de fois ai-je entendu des personnes me dire « Mais pourquoi tu ne sors pas ? », « Pourquoi tu ne vas pas voir tes amis ? », « Reste avec nous », « Tu n’aimes pas t’amuser ».
Moi, je n’en voyais pas l’intérêt ou le besoin. Pourtant, au fur et à mesure de cette culpabilisation permanente, j’ai fini par me résigner. J’ai effacé ma nature même au profit d’une soi-disant normalité.
Déviance
À partir de ce moment-là, j’ai côtoyé beaucoup de gens. J’ai créé beaucoup de liens parce que c’est ce que la vie en société semblait me dicter. Habité par cette sensation d’obligation, je suivais ce chemin sans me poser de questions.
Pendant un moment, j’étais content d’avoir beaucoup d’amis autour de moi. Il y avait une certaine ivresse à rechercher ce but sans cesse.
Cette quête m’a fait longtemps dire que c’était bon. Cela me permettait de passer des moments de grande allégresse et d’oublier le mauvais. De m’oublier. Mais au fur et à mesure du temps qui passait, je remarquais que je n’étais pas là où je devais être. Que je faisais ces choses machinalement, sans conviction. Jusqu’à en ressentir une certaine vacuité. En effet, je passais plus de temps à maintenir ces liens qu’à réfléchir à la valeur de ceux-ci. Et quand j’ai fini par prendre du recul, c’est là que je me suis rendu compte que ces liens ne valaient en réalité… Rien. Ils n’étaient qu’une source de divertissement qui me demandaient poliment de m’oublier. Toutes ces années, j’ai été conciliant, non pas avec eux, mais avec moi-même. C’était une erreur d’avoir suivi ma paresse et d’avoir vécu dans le paradoxe de cet inconfort confortable. Confortable car il n’y avait pas la peur du vide derrière. Cette peur de partir dans un inconnu où nous ne connaissons, ni le chemin, ni la finalité, bonne ou mauvaise, d’une prise de décision qui aurait été lourde de sens.
« Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables, misérables comme nous, impuissants comme nous. Ils ne nous aideront pas. On mourra Seul. Il faut donc faire comme si on était seul. Et alors bâtirait-on des maisons superbes, etc. On chercherait la vérité sans hésiter. Et si on le refuse, on témoigne estimer plus l’estime des hommes que la recherche de la vérité. »
— extrait de Pensées de Pascal
À vouloir rechercher cette normalité, je suis tombé dans la médiocrité. L’ignorance. Et même la déchéance. Je n’ai pas cherché à être moi-même mais juste à être comme les autres. Parce que c’était la facilité. Parce que c’était le prix du confort.
Il faut bien comprendre que l’introversion, dans notre monde actuel, n’est pas vue comme une normalité. Et ne pas être dans la normalité, c’est être différent. Et être différent, c’est être sujet propice au jugement. Au delà de l’introversion, la vérité, c’est que nous sommes tous différents. Nous avons tous des caractères qui diffèrent et qui nous sont propres mais le monde fustige ce qui sort du cadre dit « normal ». Nos personnalités sont élaguées sans cesse pour que nous soyons lisses et perdions toute confiance dans la moindre initiative de notre part. C’est pour cela que nous arrivons dans un état où tout le monde finit par se ressembler. Et ceux qui n’entreraient pas dans ces valeurs seraient jugés comme des parias.
Quand je ne sors pas, la plupart du temps, je me porte bien. Pourtant ce n’est pas forcément la pensée qui est la plus entendue. Dans mon travail, il y a des gens que nous ne voyons jamais parce qu’ils viennent uniquement des jours où il y a moins de monde. J’ai entendu de nombreuses fois des personnes les juger et dire « mais ils ne sortent jamais ? » ou « ils sont asociaux ». Je ne dis pas que cela est erroné. Néanmoins, je pense que ceci était un jugement sans contexte, basé sur des apriori qui sont dus à la normalisation de ces valeurs que j’ai pu exprimer plus haut. Si nous avions pris un peu de recul sur la situation, nous aurions vu que ces personnes ont sûrement une vie sociale en dehors du travail et ne veulent pas accorder autant de temps au travail que les autres parce qu’ils n’en voient pas le besoin. Je ne dis pas qu’il ne faut pas un minimum de bienséance, par contre, il ne faut pas s’attendre à ce que tout le monde soit comme nous ou ait les mêmes attentes sociales que nous. Cela serait une hérésie.
Nous sommes dans un monde qui prône la tolérance et le vivre ensemble. Pourtant, paradoxalement, cela entraîne l’invisibilisation de nos points de vue au profit d’une existence qui supporte la différence mais qui ne l’accepte pas. Et c’est un vrai problème. Tout ce qui sort de ce cadre « normal » dans lequel nous avons vécu, dans lequel nous avons été éduqué, tout cela est jugé inférieur ou mauvais par rapport à notre vision. Je ne suis pas là pour défendre une quelconque sensibilité, influencée par notre état ou notre environnement, qui ne viendrait pas de notre essence même. Je ne suis pas là non plus pour défendre un mauvais comportement qui doit être combattu, coûte que coûte. Mais ce que nous pouvons considérer en nous comme immuable, cela, nous ne pouvons pas le changer.
Et ce n’est pas étonnant que beaucoup dissonent avec eux-mêmes et ressentent un certain mal-être. Quand notre identité même est jugée mauvaise, certains préfèrent taire cette facette de leur personnalité que d’affronter le monde en permanence. Ils deviennent invisibles ou ils deviennent quelqu’un d’autre, au détriment de leur essence même. Ils renoncent et enfouissent leur individualité, en espérant que cela finisse par être oublié dans les tréfonds de leur conscience.
Le combat de l’introverti
Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec les situations sociales imprévisibles. Je déteste téléphoner, j’ai du mal à commander chez le boulanger, j’évite absolument les gens que je ne connais pas et je préfère rester chez moi.
J’ai souvent ce besoin avant toute action sociale de faire mentalement un plan de toutes les possibilités que je peux imaginer et de réfléchir à tous les dialogues qui pourraient survenir. Cela me demande parfois une importante charge mentale qui peut être épuisante lorsque plusieurs de ces actions doivent s’enchaîner. Et devenir le centre de l’attention est ce que je redoute probablement le plus.
Cela ne veut pas dire que je n’aime pas les gens. Mais la crainte de ne pas savoir quoi répondre et l’expérience existante de celle-ci en moi font que je préfère éviter ce que je considère comme un problème.
Et ce problème, ce n’est clairement pas les gens. Parce qu’il y a des personnes avec qui je peux passer du temps sans problèmes, sans que cela m’ennuie ou me fatigue.
Ce problème, c’est plutôt l’enjeu que j’accorde à une situation. Plus j’accorderai à une situation une importante valeur d’enjeu et plus l’appréhension sera importante. Et plus l’enjeu sera grand, plus l’échec sera déroutant.
La valeur d’une situation
Par exemple, je peux rater ma commande chez le boulanger. Cela m’arrive souvent. Mais lorsque cela arrive je perd totalement mes moyens et je ne suis plus capable de répondre correctement. Je parviens à m’en sortir en répondant le minimum même si cela ne correspond pas forcément à ce que j’avais prévu. Néanmoins, cela reste un échec. Et cet échec valide le fait que je risque d’échouer à chacune de ces situations, nourrissant mon imaginaire dans mes futures actions sociales et me laissant un contexte encore plus négatif que le précédent.
Cette spirale est un véritable combat contre moi-même. Cela semble peut-être anodin mais chaque journée à l’extérieur est ponctuée de ces conflits qui peuvent avoir raison de ma confiance en moi. Jusqu’à en mettre un genou à terre. Parfois de ne plus avoir envie de parler. Parfois de vouloir trouver une échappatoire.
Pour en revenir à la valeur d’enjeu que j’accorde, c’est en réalité très arbitraire et cela montre bien qu’une partie du problème est aussi en moi.
J’accorde par exemple beaucoup de valeur à un coup de téléphone ou une commande. Par contre, et c’est paradoxal, un entretien d’embauche a très peu de valeur pour moi.
Une histoire de contexte
En y réfléchissant, c’est pourtant simple. Le contexte que je me construis dans ma conscience me permet de surmonter ce moment, qui pourtant peut être difficile, avec une facilité qui est déconcertante.
Premièrement, je considère un entretien comme une pièce de théâtre où toute la vérité ne va pas être dite. Chacun est acteur pour que, dans une certaine mesure, tout se passe bien. L’employeur n’est pas là pour dire que l’entreprise n’est là que pour exploiter l’humain comme un pion et le chercheur d’emploi n’est pas là pour dire qu’il vient pour l’argent. Pourtant dans la majorité des entreprises, ce sont des pensées tout ce qu’il y a de plus communes. Néanmoins, pour que l’entretien se passe bien, ce ne sont pas des choses qui vont être clairement exprimées.
Deuxièmement, « de toute façon même si je rate, je suis sûr de trouver un travail autre part ». Étrangement, j’ai une telle confiance en moi pour trouver du travail que l’option de ne pas en obtenir est inexistante chez moi. Même si je rate un entretien, il y a pour moi tellement d’opportunités que je ne me pose jamais la question. Évidemment c’est sous mon prisme que je parle, parce que je suis dans un domaine où il y a sûrement des facilités à trouver un travail. Pourtant, cette pensée me permet de chasser toute appréhension et d’avancer sans véritable crainte.
Troisièmement, j’ai un esprit qui est souvent en conflit avec ce que je considère être la hiérarchie. J’ai du mal avec les gens qui me donnent des ordres condescendants ou qui nous considèrent, nous, les employés, comme peu de chose. Et quelque part, cela m’emmène à n’avoir aucun scrupules envers ceux qui sont au-dessus de moi et qui sont plus proches de leur portefeuille que de la réalité. Cela, je le concède, peut ne pas être une bonne attitude. Néanmoins, ce troisième point me permet de me détacher lorsque je me présente à un entretien.
Tout cela, fait que je considère un entretien d’embauche plus comme un jeu qu’autre chose. Et c’est ce genre d’introspection qui me permet également d’avancer dans tous les domaines de ma vie. Parce que cela me donne aussi une preuve de ma capacité à relativiser cette pression qui vient en réalité de moi, au moins partiellement.
La force de l’introverti
Être introverti, n’est pas une mauvaise chose. Nous l’avons vu avec la définition.
« Un individu introverti est porté à vivre centré sur lui-même, ce qui, avec un repliement sur soi plus ou moins important, l’entraîne à se détourner du monde extérieur.«
Être centré sur soi-même, ce n’est pas être égocentrique. Ce n’est pas penser que tout le monde tourne autour de nous. Mais c’est un état où nous avons régulièrement un regard sur nous-même.
Je vous avoue que je ne suis pas friand de ce qui va suivre car cela va ressembler à de l’autocongratulation. Néanmoins, je veux tout de même vous partager mon expérience de l’introversion au-delà de ma personne. Parce que peut-être que certains s’y reconnaîtront ou y reconnaîtront des gens qu’ils connaissent, je pense qu’il est important que je fasse mon introspection des défauts, mais aussi des qualités de ce que ma nature me donne à être.
Chaque mot compte
C’est vrai que nous avons parlé plus haut d’un certain mal à s’exprimer. Personnellement, les mots peuvent peser extrêmement lourd lorsqu’ils doivent être exprimés. Je regarde chaque mot s’échapper de moi avec les conséquences que ceux-ci peuvent avoir sur le monde extérieur, à la fois, pour les autres, mais avant tout, pour moi-même. Une introspection permanente de mon discours qui est bienvenue pour éviter de dire des faussetés ou des sophismes. Parfois, je peux perdre le fil d’une discussion. Pourtant, si ce flottement est au détriment de ma compréhension, il est à l’avantage de mon intégrité intérieure. Je ne me trahis pas, voilà ce que je pense.
Par contre, malgré cette barrière, cela ne m’empêche pas de m’exprimer en temps voulu. Parce que je sais que je peux donner ou partager comme tout un chacun. Que si les circonstances le permettent, moi aussi, je peux extérioriser ce qui est en moi.
C’est aussi pour cela que j’ai ce besoin de partager et de m’exprimer même si c’est à ma manière. J’écris, je compose des musiques, je parle parfois. Cela peut être maladroit et très imparfait. Mais tout ceci, j’ai l’impression de le faire en accord avec ce que je suis.
Passionné
Je peux être intéressé, comme chacun d’entre nous, par le monde qui m’entoure. La nature, l’art, les gens, les discussions, la vie, m’intéresse. J’ai beaucoup de centres d’intérêts mais malheureusement, pas beaucoup de temps. Alors, quand quelqu’un me parle, passionné, d’un sujet, cela, souvent me touche. La passion, me touche en général. Car elle est le vecteur de notre volonté d’avancer. Et la voir se matérialiser au travers du talent de chacun est réjouissant et inspirant. Cela donne envie de rester dans cette lumière. Je ne sais pas si cela est le propre d’un introverti. J’ose penser que non. Néanmoins, je reconnais la valeur de ce que cela m’apporte.
Car la passion me fascine. Car je suis moi-même passionné. Passionné par ce que je vois, par ce que je vis et par tout ce qui m’est donné. J’aime à comprendre la valeur des choses. Passer du temps à contempler, à réfléchir. Nourrir mon esprit. J’aime à ramener, de toutes mes forces, ces visions pour qu’elles me questionnent et m’élèvent. J’aime à matérialiser ma conscience, mes influences, mon environnement, habité par cette volonté de bien faire qui me guide.
Encore une fois, je ne sais pas si ce caractère est le propre d’un introverti. Pourtant, le fait d’être centré sur soi, influence ce comportement et me pousse inévitablement à agir.
Un entourage de valeur
Il est dit qu’un introverti n’a pas un cercle de connaissance immense. De ce point de vue là, je rentre parfaitement dans cette case. Ce n’est pas voulu mais ce n’est pas une fin en soi. Loin de moi à vouloir dire qu’en opposition, ceci est le but d’un extraverti, toutefois, pour ma part, je n’ai ni le temps, ni l’énergie pour avoir une myriade de relations autour de moi.
Par contre, j’accorde une valeur précieuse à un échange, alors une amitié, un amour, toutes ces relations se doivent d’être rares et uniques.
Je trouve, pour ma part, et je ne sais pas si cela provient de mon introversion, qu’il est extrêmement difficile de maintenir des relations de qualité. C’est un travail quotidien, et, si cela en vaut la peine, je le reconnais, c’est encore quelque chose qui m’est particulièrement compliqué, car il y a, de mon point de vue, beaucoup de variables à prendre en compte avant de se projeter.
Longtemps, je me suis dit que je n’avais pas besoin d’autre chose qu’une maison, une famille et de quoi réaliser mes projets. Pourtant, aujourd’hui, je trouve cette pensée vaniteuse. En effet, nous ne pouvons pas nous suffire à nous-même car nous sommes tous depuis la naissance, des ignorants. Et c’est cela qui me fait dire que l’Homme aura toujours besoin des autres, d’une manière ou d’une autre. Car toute notre vie, notre connaissance, notre sagesse, individuellement, ne seront jamais que partielles. Ironiquement, je ne suis pas à l’aise avec cette pensée. De par mon expérience, rester à la maison dans mon confort me permet d’éviter les problèmes, cela, je ne peux le nier. Pourtant, éviter les problèmes, c’est aussi éviter de se confronter à la vérité. A notre ignorance. A notre faiblesse.
Nous pourrions effectivement vivre seul toute notre vie, à l’écart du reste du monde. Peut-être y découvririons nous des choses par nous-mêmes. Peut-être que nous en serions même satisfaits. Néanmoins, ne pas nous enrichir de personnes autour de nous, c’est aussi ne pas pouvoir juger de ce que nous faisons. En effet, comment savoir du bon, du mauvais ou de la qualité de nos actes si nous n’avons pas la possibilité de la refléter à la lueur des autres ? Parce qu’en réalité, comme un miroir, ils nous permettent aussi de nous regarder au travers d’eux. L’émotion, la raison éprouvées par l’observation nous permettent de nous positionner et de nous aiguiller vers ce qui est véritablement bon. Evidemment, ce ne sera pas suffisant. Pourtant, cette intelligence collective nous permettra, avec discernement, de nous élever bien plus vite que si nous étions seul.
Je m’en rend compte aujourd’hui. Je n’ai jamais autant progressé que depuis que j’ai tendu la main à d’autres personnes. Et je ne parle pas seulement d’un point de vue technique. Parce que, c’est aussi cela l’Homme, de comprendre les convictions de chacun, confronter ses idées, évoluer ensemble et finalement… Apprendre à aimer son prochain. Pour finir par s’aimer soi-même. Pour finir par devenir soi-même.
Solitude salvatrice
Obligatoirement, un introverti aimera la solitude. Celle-ci est primordiale dans son schéma de vie. Pour ma part, je peux rester seul et lire, regarder des films, écrire, composer de la musique ou méditer. Y passer des heures et me nourrir de ces moments de qualités avec moi-même. C’est dans ces moments là que je me sens le mieux. C’est dans ces moments que je peux me ressourcer, réfléchir et revenir à ce qui m’est essentiel.
Au delà de cela, il est quand même important pour tous de trouver notre zone de confort. Il y aura toujours des moments où nous serons en difficulté, éreintés par le monde et ses épreuves. Et c’est dans ces moments là qu’il est nécessaire de prendre du recul sur nous. D’où la primordialité de trouver cet abri. Un espace-temps où les bruits du monde ne nous atteignent pas. Une bulle où nous faisons uniquement écho à nous-même. La solitude n’est pas une fuite mais elle est un refuge pour ceux qui se seraient perdus. Pendant un instant, elle nous permet de nous arrêter et de regarder à nous au travers du prisme de notre réflexion.
Toutefois, ce n’est pas parce que je préfère la solitude que je vais aller systématiquement vers cette solution. Parce que même si j’aime être seul, j’aime aussi, paradoxalement, les gens. L’Homme est fait pour vivre avec les autres. Même si j’apprécie les bienfaits de cette solitude, j’en reviens à ce que j’ai exprimé plus haut. Nous grandissons aussi bien par les réflexions et les émotions, des autres, que de nous-même. Chacun aura son équilibre, mais il est nécessaire de vivre avec les deux.
Ne pas rester dans une case
Un introverti est quelqu’un qui peut avoir certaines difficultés à interagir avec son environnement. Pourtant, ce n’est pas parce qu’il a des difficultés qu’il n’est pas capable de les outrepasser.
Au-delà de l’introversion, tout le monde a sa propre croix à porter. Nous nous surpassons tous les jours à parvenir à nous lever, aller au travail, à l’école… Marcher, penser et réfléchir. Nous gravissons des marches tous les jours ne serait-ce que pour maintenir notre train de vie quotidien. Pour certains, sortir est une épreuve, pour d’autres, c’est de rester seul. Nous nous confrontons au monde sans cesse, et ce, peu importe notre caractère. Nous pouvons avoir peur. Nous pouvons détester. Mais la seule vérité, c’est que nous en avons la capacité. Nous en avons la preuve chaque jour où le soleil se lève. Peut-être que certaines marches seront plus difficiles que d’autres à gravir, néanmoins, cela reste toujours des marches.
Ce n’est donc pas parce que je me considère introverti que je ne suis pas capable de dépasser ce caractère et les faiblesses qui peuvent y être affiliées. Nous ne sommes pas régis par des cases et il est important de toujours se remettre en question pour parvenir à identifier nos propres faiblesses et les surpasser. Si notre vie était en jeu à chacun de nos actes, nous aurions vite fait de dépasser nos limites. Et c’est peut-être ce qui nous manque pour parvenir à combattre contre nous-même. Car nous pouvons avoir un passé difficile, une expérience compliquée, un traumatisme, que je ne minimise pas, ayant moi aussi ces choses là en moi et les combattant. Pourtant, au final, si nous prenions du recul, si nous avions suffisamment de volonté en nous, nous pourrions nous affronter avec pragmatisme et nous donner les moyens à tout prix de répondre à notre problème. Mais la vérité, c’est que nous n’en avons pas envie. Que nous n’avons pas envie de nous confronter à notre réalité. Souvent, nous en sommes conscients pourtant l’image de l’effort à réaliser pour y parvenir nous vainc instantanément. Toutefois, je l’ai dit plus haut, c’est possible.
Ce n’est pas facile. Parfois, nous pouvons même considérer cela comme contre-nature. Contre notre nature même. Pourtant, la vérité c’est que tout est possible à celui qui croit. Croire qui de sa racine latine « credere » veut dire avoir confiance. Il faut avoir confiance. être mu par une volonté inébranlable. Peut-être que cela ne va pas fonctionner comme nous le voulons, peut-être que de notre point de vue, cela sera un échec cuisant, mais à la fin, quoiqu’il arrive, nous serons encore debout, à pouvoir regarder les étoiles dans le ciel. Et si notre âme aura creusé des aspérités en sa surface, elle en aura creusé aussi pour observer l’éclat en son intérieur.
Conclusion
Nous visons à être nous-même. Nous sommes une somme de caractères qui font notre identité. Nous cherchons notre place dans ce monde à nous demander ce que nous pouvons faire. Parfois, nous sommes engloutis par les méandres de ces profondeurs mondaines. Certains d’entre nous, à l’aube de leur crépuscule, ne sauront jamais qui ils sont vraiment et s’éteindront sans connaître cette vérité. Voilà le monde dans lequel nous vivons.
Moi, je suis introverti. Oui, c’est un caractère avec lequel je vis et que j’ai appris à connaître. Oui, c’est un caractère que je peux considérer comme inhérent à mon identité. Le reconnaître, c’est me permettre de me comprendre et d’apprécier ce que me donne à vivre cette introversion. Mais cela me permet aussi de me confronter à mes faiblesses comme tout un chacun peut le faire avec les caractères qu’il possède.
Il est vrai que j’ai dit qu’un introverti n’est pas vu normalement par notre société. Et je le pense toujours. Tout comme je pense que quelqu’un qui se cherche vraiment n’est pas vu normalement par notre société. C’est pour cela que je ne veux pas tomber dans l’auto-flagellation et hiérarchiser ce que certains peuvent voir comme une souffrance. Mais, de mon point de vue, quiconque rechercherait réellement son essence ne pourrait jamais rentrer totalement dans ce cadre et arriverait toujours à la conclusion qu’il y a une dissonance entre lui et ceux qui tentent, sans faire de bruit, de se mêler à la foule.
