Intelligence artificielle


Définition

Il est nécessaire de définir certains mots afin de pouvoir savoir de quoi nous parlons.

Il faut savoir que les mots « artificiel » et « art » partagent la même racine étymologique, mais qu’ils ont évolué différemment.

  • « Art » vient du latin ars, artis, qui signifie habileté, savoir-faire, métier. C’est un mot très ancien, lié à l’idée de fabrication, de création humaine.
  • « Artificiel » vient du latin artificialis, lui-même formé à partir de artificium (art + facere = faire). Il signifie donc « ce qui est fait par l’art », « fabriqué par l’homme », par opposition à ce qui est naturel.

Donc les deux mots sont étymologiquement liés à la notion de fabrication et de technique humaine, mais :

  • art a pris un sens plus esthétique ou créatif,
  • artificiel désigne aujourd’hui ce qui est produit ou imité par l’homme, parfois avec une connotation de faux ou non authentique.

Nous pouvons également développer « artisan » car lui aussi étymologiquement lié à art.

  • Le mot « artisan » vient du latin artitus, participe passé de artire (équiper, arranger), qui est lui-même dérivé de ars, artisl’art, le savoir-faire.
  • L’artisan, c’est donc à l’origine celui qui pratique un art, au sens de technique maîtrisée, de métier manuel ou créatif. Il incarne l’idée d’habileté concrète, de travail bien fait, souvent avec ses mains.

Donc pour résumer :

  • art = la racine de base, liée au savoir-faire.
  • artificiel = ce qui est produit par un art humain (par opposition à la nature). Parfois avec une connotation de faux ou non authentique.
  • artisan = celui qui exerce un art, qui transforme avec habileté.

La racine commune de artificiel et artisan, c’est bien « art », au sens latin du mot : ars, artis, qui signifie habileté, savoir-faire, technique.

L’art correspond à la capacité, à la maîtrise technique.
L’artificiel est ce qui a été réalisé par l’art donc par les mains de l’homme, par sa capacité.

Aujourd’hui le mot artificiel est un mot qui a à la fois une connotation péjorative et méliorative en fonction du contexte. L’intelligence artificielle, qui est un mot dont l’utilisation est aujourd’hui galvaudée, est à la fois une intelligence créé par les mains de l’homme et une intelligence qui concrètement, n’en est pas réellement une. L’intelligence est « une qualité de l’esprit qui donne la faculté de connaître et de comprendre ». Or, jusqu’à preuve du contraire, une intelligence artificielle n’est aucunement capable de développer quelconque forme d’intelligence.
Elle peut imiter fidèlement l’homme et même le dépasser dans ses capacités de raisonnement. Toutefois, elle n’a aucunement conscience de son état. Elle ne sait pas qu’elle est. Elle est artificielle, et par définition, pas naturelle, donc incapable d’agir par essence.
L’homme aura beau lui donner une quantité d’informations toujours plus massive, celle-ci restera à jamais une imitation de capacité insufflée, aussi parfaite soit-elle. Elle pourra faire comme nous, elle pourra grandir comme nous, elle pourra se rapprocher si fidèlement de nous que nous serons trompés, mais… Ce sera toujours artificiel.

L’art est humain

L’art est, par définition, une habileté de faire par l’homme. Dans son étymologie la plus pure, il y a donc une notion de capacité, voire d’expertise, à obtenir. Lorsque nous dessinons, nous devons acquérir une certaine dextérité. Pareil pour la musique, le sport, etc. Et si nous suivons sa définition d’origine, l’art concernerait finalement tout ce qui demanderait une maîtrise. L’art ne serait pas contraint à la dimension artistique mais il serait plus à compléter avec l’artisanat qui est l’exercice d’un art ou d’une pratique.

Pour en revenir à l’art, je vais parler d’un cas d’usage qui revient souvent et qui est sujet à débat: l’AI Artist. Ceux qui vivent sous cette dénomination, sont ceux qui écrivent des descriptions dans un prompt afin de pouvoir générer une ou plusieurs images ou vidéos et se définissent artistes.
Concrètement, de mon point de vue, et de par la définition, nous pouvons les considérer comme des artistes. Seulement, pas de la manière à laquelle nous pensons. Ces personnes ont appris à écrire une description afin de pouvoir demander à une intelligence artificielle de produire des œuvres. Ils sont, par conséquent, des artistes de la description. Et non de l’œuvre qui est produite. La description est leur véritable art, et cela, nous ne pouvons leur enlever, car cela provient d’eux, de leur réflexion, de leur âme. Mais l’œuvre produite par l’intelligence artificielle, en aucun cas. Ce ne sont pas eux qui ont l’habileté de dessiner, d’écrire une histoire, de filmer ou de travailler la colorimétrie. Ils n’ont aucune de ces capacités là et en cela, ils ne sont pas des artistes. Proclamer que l’œuvre provient de leurs mains est erroné et cela est ce qui pose problème.

Car il ne faut pas oublier que l’art est humain. Il est dans sa nature de réfléchir, de penser, de comprendre son existence. Sans les œuvres de l’homme, la machine sera toujours incapable de quoi que ce soit, car elle ne peut imaginer à partir du néant.
Cette capacité à réfléchir et le libre-arbitre qui en découlent sont singuliers et propres à l’homme. Par conséquent, il lui est impossible de transmettre cette faculté. Cette faculté qui lui permet de développer une maîtrise et de produire par ses propres mains, cela, la machine ne pourra le réaliser. Comme dit plus haut, elle pourra l’imiter, mais par essence, elle ne pourra faire véritablement. C’est peut-être un détail pour les entreprises ou les personnes qui utilisent l’intelligence artificielle dans un but lucratif mais cela a toute son importance lorsque nous tentons de comprendre ce pour quoi nous sommes faits et ce pourquoi nous devons vivre.
Ce qui nous différencie de la machine et qui nous permet de considérer notre œuvre comme un art est cette réflexion. Cette réflexion de nous même que nous projetons et matérialisons sans cesse dans le réel. Et je suis persuadé que l’effort et la démarche réflexive font partie de l’œuvre d’art en elle-même. Parce que l’art n’est pas seulement en ceux qui le regardent mais il est également et surtout en celui qui le fait. Parce que l’art est un accomplissement en soi. L’art, expertise qui provient de nos mains, est le fruit de notre identité. L’art, est une matérialisation de nous. Et c’est en cela que l’art est indispensable. Car il nous permet de capturer le sens de notre vie. L’art permet de nous refléter et comme une mise en abyme, nous donne à réaliser une introspection en notre intérieur.

Nous devenons des IA

Et si nous étions en train de devenir nous même artificiels ? Paradoxe quand nous savons que ce qui est artificiel provient de l’homme. Pourtant, ce manque de pratique d’un art et cette maîtrise qui ne nous attire plus nous rendent semblables aux autres. Il n’y a plus rien qui fait réellement notre identité et n’y allons pas par quatre chemins, concrètement, nous devenons médiocres. L’argent, le confort et même le travail nous font oublier ce que nous sommes réellement. Ces choses nous écartent de notre recherche d’identité et donc de là où nous devrions être. Mais nous préférons vivre dans une médiocrité constante qui nous aveugle plutôt que de souffrir à aller chercher notre véritable art. C’est tout le problème et c’est la société dans laquelle nous vivons.
Nous ne faisons qu’imiter et nous attacher à des valeurs comme le confort ou la sécurité. Néanmoins, l’accomplissement de soi, est plutôt nourri par l’effort, l’abnégation, la résilience, des valeurs aux antipodes de ce que nous enseigne la société. Il y a incompatibilité entre recherche de soi et recherche de confort. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le droit de nous reposer ou de prendre du recul. Toutefois, cela ne sera jamais une fin en soi. Et l’intelligence artificielle n’aide pas. Nous déléguons tout aux machines. Même nos réflexions. Même notre recherche de nous-même est régie par le résultat d’une machine. Le moindre effort est sous-traité et l’inexistence d’introspection nous fait peu à peu perdre notre conscience. Nous perdons ce qui nous différencie de la machine. Nous perdons notre humanité. Voilà comment nous arrivons à devenir artificiels.

A la fin, que nous restera-t-il si une machine pense à notre place ? Toutes nos décisions et nos choix seront calculés et définis par des algorithmes. Et sûrement que le résultat sera proche de la vérité, voire meilleur que ce qu’un homme aurait pu réaliser par lui-même. Mais nous aurons perdu le sens. Nous vivrons dans un monde de résultat et plus de réflexion. Car la réflexion n’emmène pas forcément à un résultat. Elle amène à se questionner, à faire une introspection de soi-même, du monde, à s’élever mais pas obligatoirement à trouver une fin en soi. Car la vie est pour nous un long flux d’élévation continuel dont nous ne verrons jamais le sommet. C’est pourquoi l’intelligence artificielle est un bouleversement et un risque de désordre pour nos âmes. L’intelligence artificielle a une réponse pour tous nos questionnements. Elle peut produire des erreurs mais inéluctablement, il y aura toujours un résultat. Pourtant, l’Homme, dont elle est issue, ne connaît pas tout. C’est même tout le contraire. L’Homme ne connaît rien. Il ne connaît même pas une fraction de ce que l’entièreté de l’univers a à lui offrir. Et c’est important de comprendre cela, car aujourd’hui, nous sommes en train d’ériger l’intelligence artificielle comme notre nouveau dieu. Dans quelques années, elle ne se trompera plus ou très peu. Mais est-ce que nous, nous serons encore capable de déceler le vrai du faux ? Est-ce que nous aurons encore conscience de nos actes ? Ou serons nous les marionnettes de l’intelligence artificielle ?

Soyez artisans de votre art

Il serait facile de le croire mais, je ne suis pas contre l’intelligence artificielle. Car à un certain degré, elle est le reflet de la pensée humaine. Elle nous permet de confronter notre raisonnement et d’avoir accès à un large champ de connaissances. Mais cela reste un outil et non une conscience qui doit nous guider dans nos décisions. Nous sommes les artisans de notre vie. Nous sommes les seuls à pouvoir permettre à notre corps de faire un pas. Ce pas qui nous permet de nous lever le matin. Ce pas qui nous permet de sortir. D’aller nous confronter avec le monde. Cela, personne ne pourra le faire à notre place. Aussi parfaite l’intelligence artificielle soit-elle, celle-ci ne doit pas et ne pourra pas remplacer notre âme, notre conscience et notre esprit. Aujourd’hui, nous écrivons encore nous-même des prompts mais demain, nous aurons des électrodes implantées dans le cerveau qui nous diront quoi faire. Nous deviendrons des êtres totalement assistés qui ne seront plus capables d’émettre la moindre réflexion mais qui seront esclaves de ce que l’intelligence artificielle nous dira. Il est donc primordial d’aiguiser notre réflexion et de saisir la quintessence de notre existence.

L’art, c’est notre habileté, notre savoir-faire. C’est là où nous allons développer notre esprit critique et notre identité. Au travers des réflexions faites, des questionnements et des efforts accomplis par l’esprit (et parfois par le corps également), le cheminement dans notre art nous emmène nécessairement à une vision différente de celle que nous avions au commencement.
L’art, est philosophiquement, par définition, beau. Mais n’est-il pas beau pour nous qui avons accompli notre art de voir le fruit de notre effort se matérialiser ? Il ne faut pas réduire le beau à ce que nous pourrions considérer comme artistique car la beauté est subjective.
Une œuvre d’art peut-être belle, évidemment, mais nous pouvons trouver de la beauté partout autour de nous. A partir du moment où un Homme cherche à parfaire son habileté, cela peut-être considéré comme un art et par conséquent comme beau. Il ne faut ainsi pas se restreindre à ce que tout le monde voit comme le domaine artistique. Soyez des artistes dans vos réflexions, dans le domaine que vous appréciez et dans lequel vous excellez, et finalement dans vos vies. Parce qu’avec du recul, est-ce que nous ne considérerions pas nos vies comme nos œuvres d’art ultime ? Elles sont l’ultime accomplissement de nous-même.

Conclusion

Ce que nous appelons « intelligence artificielle » aujourd’hui n’est pas une définition exacte de mon point de vue car la machine ne possède pas « une qualité de l’esprit qui donne la faculté de connaître et de comprendre ». L’intelligence artificielle ne connaît pas et ne comprend pas. Elle n’est qu’une imitation de ce que nous sommes avec une énorme puissance de calcul qui l’élève au dessus de nous en de nombreux domaines. Toutefois, cette « supériorité » ne doit pas nous décourager dans notre vie à faire. Nous sommes dotés du libre-arbitre. Nous sommes dotés d’une conscience. Nous sommes dotés d’émotions. Nous sommes dotés d’un cœur. Pas la machine. Nous sommes capables de comprendre le sens de nos actions ou de passer notre vie à essayer. Pas la machine.
Même si nous ne faisons pas parfaitement, il faut faire, il faut accomplir. Pourquoi ? Parce que c’est cela qui nous permet d’entrevoir la finalité de notre vie et de comprendre de notre naissance à notre mort notre cheminement.
Pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? Chacun de nous aura sa propre réponse mais pour l’obtenir il faudra chercher en nous, en nos qualités, en nos faiblesses et en nos expériences.
C’est un chemin de souffrance que de vouloir connaître mais c’est un chemin de sagesse que de vouloir comprendre.

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