J’ai commencé à regarder Zenshu avec une vision erronée. J’avais cru regarder une série d’animation dont la thématique serait le dessin voire le monde de l’animation dans sa généralité. Quelle ne fût pas ma surprise de voir que finalement, il s’agissait d’un isekai. Une personne qui meurt et se réincarne dans un autre monde, ce n’est pas du tout ce qui était affiché dans le trailer. Trailer qui était d’ailleurs particulièrement léché et qui laissait présager d’une bonne animation, ce qui est en général de bonne augure pour la suite.
J’ai donc regardé. Et je suis un peu mitigé.
Un monde qui gagne en intérêt
Il y a un parti pris au début de l’histoire. Le monde dans lequel le protagoniste se réincarne est celui d’un film que notre héroïne a regardé plus jeune et qui l’a marqué. Un monde assez stéréotypé, versant dans le manichéisme avec des personnages sans aucune profondeur et finalement très binaires. Le début semble un peu léger avec l’installation des concepts et notamment du pouvoir que possède Natsuko, notre héroïne (matérialisation de ses dessins et don de prescience) qui dure 3 ou 4 épisodes, ce qui peut sembler relativement long alors que la série ne s’étale que sur 12 épisodes. Nous y apprenons également que le monde est sur le point de s’éteindre et qu’il ne reste qu’une ville, défendue par les neufs guerriers.
Une fois que tout est posé, il y a un basculement, à la fois du monde mais également chez les personnages, qui donne de la profondeur et amène le spectateur à se poser des questions.
Chaque événement est certes, avorté par notre héroïne, mais les raisons avancées par l’arrivée de ceux-ci ont une certaine légitimité, ce qui lisse l’aspect manichéen du début de l’œuvre.
Memmeln, l’elfe, veut la destruction du monde parce qu’elle est immortelle et qu’elle a trop vu les guerres se répéter et ses compagnons partir inlassablement. Elle ne voit pas en l’immortalité une joie mais plutôt une malédiction qu’elle veut briser, même si cela emmène le monde avec elle.
Et Luka, dévasté par la mort de ses compagnons, se révolte contre ce pour quoi il s’est battu. Parce que, de son point de vue, ce combat qui les a mené ici est responsable de son désespoir absolu. À quoi bon se battre si à la fin, nous n’avons plus rien ?
En tout cas, toutes ces réflexions sont emmenées et plutôt bien développées. Il y a plusieurs fois des moments où, nous pouvons éprouver le désespoir des personnages. Emmenés par une bonne image avec un color-grading assez saturé, une animation plus que correcte avec quelques pics, une bonne mise en scène ainsi qu’une bonne musique (il faut le souligner), l’œuvre parvient étonnamment bien à transmettre les émotions des personnages. Moi qui m’attendait à une œuvre légère, voire tranche de vie, je me suis retrouvé avec une œuvre aux couleurs qui sont parfois extrêmement sombres et qui dénotent totalement avec le ton joyeux apparent (color-grading, style du dessin). Personnellement, j’aime bien quand il y a un décalage entre les éléments car cela amène souvent de la surprise et également une dissonance qui peut aller jusqu’à nourrir un certain malaise. Je pourrais citer comme œuvre exemplaire de ce style Made in Abyss, Charlotte voire Stranger Things, des œuvres qui sous couvert de sympathiques personnages (des enfants) vont nous faire découvrir l’horreur. Je ne dirais pas que Zenshu va aussi loin que ces trois séries, néanmoins, le décalage est présent et surprend plutôt agréablement.


Il y a notamment une réflexion qui m’a marqué vers la fin de l’histoire où en quelque sorte, le sage de la ville, juge que les neufs guerriers auront été les gardiens de l’espoir chez les gens jusqu’à une fin inéluctable. Pas parce qu’ils auront protégé la ville de la menace mais parce que les neufs guerriers auront permis, par cet espoir donné, aux gens de vivre dans la joie et dans la paix, aussi factices soient-elles. Car une vie où nous avons la certitude d’être condamné, est une vie insoutenable. Et cette protection sincère donnée par les neufs guerriers, pour le sage de la ville, est déjà une victoire en soi. Car elle aura permis, même au peuple le plus désespéré, de goûter au bonheur. Faut-il donc vivre ignorant pour vivre heureux ? Je vous laisse réfléchir là-dessus.
Une fin qui laisse à désirer
La fin, en soi, n’est pas mauvaise. Il y a un retour au réel qui laisse donc à l’interprétation du spectateur le choix de croire si ce qu’il a vu était un rêve ou une réelle réincarnation qui a débouché sur un renvoi dans le monde de la réalité. Toutefois, la manière par laquelle celle-ci est amenée est pour moi, décevante. Clairement, ma suspension d’incrédulité a été mise à rude épreuve. Pour vous expliquer rapidement, il y a donc avant cette fin, ce que nous pourrions appeler, le combat final. Ce qui est plutôt classique mais pas un problème. Le problème, c’est que l’ennemi va être battu d’une manière assez inexplicable. Le problème, c’est qu’il manque pour moi un élément de progression qui va donner de la cohérence à la résolution proposée. Or, ici, elle n’est pas présente et la résolution va par conséquent arriver sans que nous puissions réellement comprendre comment celle-ci se produit, ce qui dans cette œuvre, m’empêche d’y croire réellement. Ma première pensée est que que les scénaristes ne savaient pas comment finir et qu’ils ont décidé d’omettre ce détail afin de passer en force. Pourtant, avec le recul, je me dis que cela est peut être dû au nombre d’épisodes qui est limité à 12. Et il est vrai que la fin est très rapide, comparée au reste de l’histoire qui a eu le temps de se poser, de poser le contexte et de développer les relations entre le monde et les personnages. Ici, le combat final et la fin doivent réussir à rentrer dans un seul épisode. 24 minutes. C’est dommage et c’est dommageable pour l’œuvre dans son entièreté, car celle-ci ne parvient par conséquent pas à être complète. Et la fin, avec le retour dans le monde réel, ne parvient pas à marquer autant qu’elle devrait le faire, parce qu’il n’y a dés lors pas assez de temps. Personnellement, la fin ne m’a pas marqué. Je dirais même qu’elle est anecdotique. Je la comprends mais celle-ci ne me procure pas les émotions que j’ai pu avoir durant le déroulement de l’aventure, ce qui peut encore une fois être expliqué par ce côté expéditif.
Mitigé
Globalement, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé Zenshu. Il y a des bonnes choses et les 3/4 (voire les 7/8) de l’œuvre sont bons et largement regardables. Pourtant, j’ai un ressenti semblable à ce que j’ai eu lorsque j’ai regardé Dead Dead Demon’s Dededede Destruction (qui est quand même bien supérieur) où la fin vient finalement plus gâcher et réduire la qualité de l’œuvre que de la nourrir réellement, ce qui a pour conséquence dramatique de me sortir de l’œuvre et de briser l’image que j’en avais.
Zenshu n’est pas une mauvaise œuvre, c’est même une œuvre honorable, néanmoins c’est une œuvre à laquelle il manquera pour toujours ce dernier coup de crayonné qui lui aurait permis de transcender sa nature d’éternel brouillon.

